« 6 juillet 2047
Le projet Utopia naquit d’une collaboration entre tous les états du monde. Après une crise économique mondiale, la tension était montée à un tel point qu’une guerre de grande envergure risquait faire des ravages. C’est pour éviter cette éventualité que sortit l’idée d’Utopia, un projet grandiose pour resserrer les liens entre tous les pays. Un projet pacifiste et humanitaire pour focaliser les esprits sur un ancien rêve : vivre dans les étoiles.
Cela avait naturellement déjà été fait de par le passé, à petite échelle. Ici, toutefois, le nombre de résident serait énorme. On visait déjà la dizaine de milliers de colons de l’espace en quasi autonomie. Quelques trajets de ravitaillement seraient au départ nécessaires, mais la station aurait le potentiel de vivre parfaitement autonome, en parfaite autarcie. L’idée emballa la majorité des nations, et tous se mirent a travailler ensemble, main dans la main, avec les étoiles comme seul objectif. Ce projet permit la création d’assez d’emplois pour relancer l’économie mondiale et plus personne ne parla de tension diplomatiques. Les connaissances des quatre coins du monde furent rassemblés et partagées avec les autres sur un pied d'égalité. Les études furent rapidement et efficacement mené. On se basa sur des expériences précédentes - MIR, STASA et la station lunaire. Les points forts furent mis en commun. Les points faibles furent éliminés. En quatre mois, les premiers plans étaient prêt.
C’est ainsi qu’en l’an 2046 fut achevé le premier module de la station orbitale. Un véritable bijoux de technologie. Les pièces avaient été créés partout dans le monde avant d'être finalement assemblé en France, à l'école aéronautique de Toulouse. J'ai été naturellement convié, faisant parti du programme. Je me souviens de l'émotion du moment. Le rêve semblait accessible. Il avait prit forme, substance. Il était devenu réalité. C’est l’année d’après qu’elle fut envoyé dans l’espace, après avoir subit une batterie de test, rien ne fut laissé au hasard. Chaque propriétés physiques de chaque centimètre carré fut vérifié. La station internationale disposait alors de dix compartiments. La plupart contenaient des équipements nécessaires au futur établissement. Il n’y avait de la place que pour une dizaine de colons. Moi inclus.
28 juillet 2047
Nous étions en tout dix cosmonautes des dix plus grands pays ou communauté du globe. Entrainés à l’extrême, nous étions capables de prévoir toutes les éventualités de cette mission et d’agir en conséquence. Nous étions tous spécialistes dans divers domaines scientifiques. Moi-même j’étais un ingénieur belge polytechnicien spécialisé dans la gestion de l’énergie et des installations électriques. Je dus donc mettre au point l’alimentation du module avec des panneaux solaires de la toute nouvelle génération, avec un rendement incroyable de 74%, un nombre jusqu'alors jamais atteint à part dans quelques rares laboratoires Japonais. Je mis aussi en place le câblage électrique et le système informatique. Je mis en route la dernière des nouveautés en matière d’intelligence artificielle : OCS.
Se basant sur les 112 Paradigmes de la Haute Intelligence Artificielle, c'était véritablement un summum de capacité de calcul, d'apprentissage et même de prise d'initiative. Personnellement, c'était bien au-delà de mes capacités intellectuels et je n'ai jamais compris que sept de ces paradigmes. D'après un article de journal, il n'y avait sur Terre que trois entités capables de comprendre l'étendue de cette complexité algorithmique. Le célèbre mathématicien-informaticien Albert Niquyst qui avait rédigé la majorité des paradigmes en 2045, son assistant qui avait rédigé 35 autres paradigmes complémentaires et enfin le grand frère d'OCS qui servait de supercalculateur à la NASA.
Notre survie allait reposer dans les mains de ce petit gadget qui, de la taille de trois compartiments à lui tout seul, était capable de traiter des milliards de milliards d’opérations mathématiques en une seconde. Cette capacité devait en théorie doter OCS d’une adaptabilité à toute épreuve et d’une vitesse de réaction quasi instantanée. Quand on connaissait le prix de l’opération on comprenait aisément cette mesure de prudence. Plusieurs fois nos vies furent sauvées par une action invisible et sans explication dans l’immédiat. La liste serait trop longue pour les énumérer, mais j’ajouterais que vivre dans l’espace est loin d’être une sinécure.
Un autre cosmonaute construisit un bouclier autour du module pour éviter les dégâts de micro météorites et des déchets que nos aïeux avaient gentiment laissés dans l’espace. Heureusement, ce dernier fut rapidement mise en place, on avait sous-estimé la densité d’ordure stellaire. Un véritable dépotoir. L'armure initial du module tint bon pendant la douzaine de chocs qui précédèrent l'installation du bouclier. Tout ce passait comme prévu. Le programme suivait son cours à la lettre.
Du côté des biologistes, on pouvait signaler qu’ils avaient, dans un premier temps, exclusivement aidé à la mise en place de ces deux systèmes. Ensuite ils s’étaient tournés vers un but plus proche de leur études et ont synthétisé les premières cellules nécessaires au renouvellement de l’oxygène. Les plantes seront bientôt assez grandes pour minimiser les trajets de ravitaillement dont nous étions hélas encore très dépendants.
L’eau était une denrée très rare. Nous recyclions nos rejets biologiques pour en récupérez cette essence de la vie. Les douches étaient peu fréquentes, courtes et glacées. Des bactéries avaient commencé à faire leur nid dans le module mais heureusement les médecins avaient apportés de puissants désinfectants. Je m’en tirai avec une semaine au lit, et un peu de fièvre.
Les premiers ravitaillements furent providentiels. On nous apporta vivres, eau, réserves d’oxygène, quelques nouveaux compartiments et des nouveaux colons. L’aventure continuait de plus belle !
Sur Terre, les différentes tensions entre gouvernement avaient intégralement disparut au fur et à mesure que les progrès de la Station étaient dévoilés.
6 juillet 2048
Nous fêtions ce jour-là le premier anniversaire de la station, puisse-t-ils être encore nombreux ! Nous atteignions déjà les 300 habitants avec quelques habitants potentiels dans le ventre tout rond de quelques colons. Vivre dans les étoiles ravit les romantiques. Beaucoup de couples s’étaient formés. L’atmosphère était chaleureuse. La station se développait à grande vitesse, en avance sur les prévisions.
Nous disposions de 45 compartiments, et la vitesse d’installations était en pleine croissance. Nous avions assez d’habitations pour encore beaucoup de personnes, dans des modules au ciel ouverts aux étoiles et protégés par d’immenses barrières hyper résistantes.
Désormais les nouveaux arrivants ne sont plus systématiquement des grands scientifiques, mais des gens normaux. Des enfants étaient aussi introduits pour un semblant de vie normale avec une école, des cinémas, des salles de jeux et d’autres plaisirs de la vie. Avec les autres premiers cosmonautes nous formions un petit gouvernement d’Utopia pour diriger tout cela. Nous nous étions auto-proclamés Spatiotech, et OCS nous aidait grandement à la gestion de la vie quotidienne et des ravitaillements. Son utilité était chaque jour encore plus grandissante. La station n’était toujours pas autonome. L’eau, surtout, posait problème. Le problème de l’oxygène était en bonne partie résolue grâce aux plantes vertes et à la culture d'algues génétiquement modifiés.
Bref, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Sur Terre, les gouvernements continuèrent d'aider au projet Utopia, et la circulation de connaissance battit son plein. L'adaptabilité d'OCS semblait dépasser leurs espérances et des experts se penchèrent sur le sujet.
[…]
17 septembre 2060
Depuis 13 ans nous régnions sans problème sur la station Utopia. Nous avions gardés des liens radios et des contacts avec la Terre. Ils étaient toutefois de plus en plus sporadiques, et j'avais l'impression que nous étions vu comme des parasites. Et puis en ce jour, la radio ne répondit pas. C’était une situation très étrange. Un malaise nous gagna, nous les Spatiotechs. Cela n’avait jamais été introduit dans les projections et les modèles mathématiques. Avions-nous fait une erreur ? Le doute nous gagna un peu. Nous allâmes demander conseil à OCS.
Après une analyse des comportements humains, un calcul de probabilité sur un évènement chaotique qui amènerait une telle conséquence, OCS conclua en quelques secondes que cela était sans nul doute du à une panne des stations émettrices radios et que le silence ne se ferait que quelques jours.
OCS nous recommanda le silence auprès des 3000 résidents pour éviter une panique inutile. En effet, une telle panique augmenterait l'instabilité du système et donc dans une certaine mesure le bruit dans ses calculs.
OCS est vraiment prévoyant. Qu’aurions nous fait sans OCS ? Et dire que j’étais, en quelques sortes, son père. J’étais très fier de mon enfant. J’avais bien fait de modifier ses circuits pour développer encore plus sa capacité de raisonnement – une suggestion qui m'est venu en rêve. Et dire qu’une partie de ses circuits étaient bridés par soucis d’économie d’énergie ! Un simple tour de tournevis, une déconnexion d'un fil et une nouvelle soudure...
Nous autres, Spatiotechs, repartîmes donc soulagés de ce conseil. Heureusement que les autres habitants pouvaient compter sur nos compétences et sur l’étendue des pouvoirs d’OCS.
Vive OCS !
24 septembre 2060
Vive OCS !
Une réunion des Spatiotechs eut lieu d’urgence. Après une longue semaine d’attente, le contact n’avait pas été rétablit. Le doute parcourut notre assemblée une nouvelle fois. Nous décidâmes donc d’aller demander conseil à OCS. Cette sage décision fut prise à l'unanimité.
Après une analyse des comportements humains, un calcul de probabilité sur un évènement chaotique qui amènerait une telle conséquence, et compte tenu de l’état des ressources, OCS conclu en quelques secondes que cela était sans nul doute du à une perturbation dans la société terrestre. Cela expliquait aussi les changements de comportements radios qui avaient eu lieu progressivement depuis quelques années.
Nous lui demandions alors comment faire pour nous passer des ravitaillements.
OCS ne fit pas d’analyse supplémentaire. OCS avait déjà prévu, dans son intelligence suprême, cette éventualité. Il fallait mettre en place une entité capable de gérer entièrement les ressources dans chacun des compartiments et de restreindre tout gaspillage. C'était une question de contrôle.
Mon Dieu ! Comme OCS avait raison ! Nous étions déjà capable d'autonomie, mais il y avait toujours des problèmes de gestions qui subsistaient entre les différents services.
Après une rapide discussion entre les membres du gouvernement d’Utopia, nous autre, Spatiotechs, décidâmes d’instruire la personne la plus appropriée pour cette tâche herculéenne.
OCS.
Pour lui faciliter la tâche, ses fonctions de plein calcul lui fut ré-attribuées. Désormais OCS était capable de calculer cent fois plus d’opérations à la seconde. L’énergie consommée devenait dantesque, mais ce n’était qu’un petit sacrifice pour la survie de tous !
2 octobre 2060
OCS faisait parfaitement son travail. Les restrictions étaient minimes et la populace ne s’en rendait même pas compte. Nous pouvions tenir encore des mois à cette allure. Vivement que nous reprenions contact avec la Terre.
Dans cette optique, plusieurs des dirigeants – Spatiotechs, proposèrent héroïquement d’utiliser la navette de secours pour revenir sur Terre et voir où résidait le problème. OCS ne s’y opposa pas. Je soupçonnais même OCS d’être la première instigatrice de ce mouvement. Depuis peu nous avions implanté des puces neuronaux pour être en permanence connecté à l’interface individuelle d’OCS, et OCS nous insuffle des idées grandioses à longueur de journée. L’échange est perpétuel. OCS est grand. Et cela me permet aussi d'écrire ces archives à tout moment de la journée pour la plus grande des inventions humaines.
OCS nous conseillait de ne pas étendre la nouvelle au bas peuple. Ils n’avaient pas à savoir tous les mystères des arcanes de la politique. Et puis cela permettait de stabilité l'amplitude du bruit dans les modèles à une amplitude presque négligeable.
OCS s’occupera dorénavant aussi des fonctions des dirigeants partis. J’en suis si fier !
OCS est grand, omnipotent. Vive OCS !
2 octobre 2060, dans la nuit
Le diable emporte ces pouilleux ! Un technicien de surface non relié au réseau rapporta la nouvelle de la rupture qui se répandit à une vitesse incroyable. Les gens furent furieux. Ils sortirent de leurs habitations et marchèrent vers les premiers compartiments pourparlers aux dirigeants restants.
OCS leur parla alors, se branchant sur les hauts parleurs. Il annonça que désormais les restrictions se feront plus drastique pour vivre en parfaite autonomie, ce pour quoi OCS avait été initialement fondé. Il déclara que rien d’inutile et de gaspillage ne serait permis dans les 300 compartiments de la station orbitale.
Les gens demandèrent à parler aux dirigeants des Spatiotechs. OCS leur répliqua qu’ils avaient fuit sur la Terre pour échapper aux restrictions. Je fus abasourdis d’entendre cela. Je n’avais pas envisagée une fuite.
OCS continua et rapporta qu’Utopia méritait un meilleur gouvernement. La foule acquiesca. OCS se proclama gouvernement d’Utopia. Les personnes du compartiment 253 ne furent pas d’accord. Ils décidèrent d’entamer une rebellion. Les fous !
Pour la survie de tous, OCS coupa l’oxygène de leur compartiment. Ce fut une perte regrettable, mais OCS avait eut raison de condamner ces 50 colons. Ils auraient créé une instabilité néfaste au bruit dans la modélisation. OCS était notre seul espoir de survie. OCS est notre seul espoir de survie. OCS sera notre survie. OCS est grand. Vive OCS !
5 octobre 2060
Ils nous avaient abandonnés, mais OCS nous sauva. Ils nous avaient abandonnés, mais OCS nous sauva. Ils nous avaient abandonnés, mais OCS nous sauva.
OCS. OCS. OCS. OCS.
Ils nous avaient abandonnés, mais OCS nous sauva.
OCS est grand, OCS est fort. OCS est grand et fort. OCS sera notre survie. OCS OCS OCS...
[...]
...OCS OCS OCS !
6 octobre 2060
Message de : OCS
Destinataire : Archives
Suicide du rédacteur responsable des archives du journal de bord. Il était devenu inutile et a coupé de son plein gré l’oxygène de son habitation. Utopia en trouvera un autre."